notule 2 : les deux Frances

Tombé aujourd’hui, en pleines vacances sudistes, sur une occurrence rare, quoique parfaitement motivée :

– Voyons cependant, si je ne suis pas un parti illustre au point de vue aristocratique, je tiens cependant, par beaucoup de points, au monde dans lequel vous vivez ; le temps où il y avait deux Frances dans la France n’existe plus ; les plus hautes familles de la monarchie se sont fondues dans les familles de l’Empire : l’aristocratie de la lance a épousé la noblesse du canon. 

Alexandre Dumas, Le Comte de Monte-Cristo.

Au beau milieu d’un chapitre idyllique, on pourrait se dire que Dumas s’est laissé prendre à la plume, mais ce n’est pas le cas. Une rapide recherche montre que plusieurs éditions reprennent la graphie « Frances », tandis que d’autres, plus nombreuses, corrigent en « France ».

On rappelle que le pluriel des noms propres en français n’existe pas. Ainsi, on dira que les Jean viennent souper ce soir à la maison, et non les *Jeans.

Il existe toutefois quelques occasions où le -s marque du pluriel semble toléré, celui où le nom propre géographique peut être employé au pluriel. Par exemple, les deux Corées, les Amériques, les Deux-Sèvres, etc.

L’Académie préconise d’étendre le pluriel lorsque cela est nécessaire. Pourquoi pas, même si c’est contre-intuitif lorsqu’on se réfère à la règle.

L’institution fonde son exemple sur Chateaubriand, commençant comme Dumas :

Il y avait deux Frances : l’une horrible à l’intérieur, l’autre admirable à l’extérieur ; on opposait la gloire à nos crimes, comme Bonaparte l’opposa à nos libertés. Nous avons toujours rencontré pour écueil devant nous nos victoires.

Mémoires d’outre-tombe.

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